La Phocide dans la presse
 
 
    DNA Alsace - 13 septembre 2008    
    
 
L'expérience Phocide
par Veneranda Paladino

C'est une affaire de désirs. D'affinités électives ayant pour seul déterminant commun des recherches philosophiques élisant l'expérience comme moteur principal. Une poignée de jeunes gens - ils sont dix, entre Montréal, la Suisse, Paris et l'Alsace -, tous philosophes de formation, et à peine trentenaires, qui enseignent soit en lycée, soit à l'Université, ont mené ou poursuivent encore des recherches, et président aujourd'hui aux destinées de La Phocide.
Au néophyte la Phocide ne dira rien, et pour cause - il faut remonter à la Grèce antique, où la Phocide est ce carrefour, ce pays de passages où se joignent les deux routes de Delphes et de Daulis. OEdipe croyant pouvoir choisir entre l'une et l'autre et échapper ainsi à son destin, éprouvera sa liberté en faisant face à ce qu'il pensait fuir. Au-delà de ces références, on retiendra que La Phocide agit dans le domaine des idées comme une croisée d'écritures s'appuyant sur l'expérience.
Si l'on sait que la philosophie comme la poésie ne sont en rien vendeur et que leur fonds au sein des librairies ne cessent de se réduire, on s'étonnera de l'audace et de l'ambition de ces apprentis éditeurs. A Strasbourg, Géraldine Roux et Andrea Potesta, membres du comité de lecture, affirment qu'ils veulent inventer de nouveaux lecteurs. Sortir la matière des concepts abscons, des spéculations vaines, pour parler à un public de non spécialistes et lever le tissu d'apories qui pèsent sur notre temps. Vaste entreprise !
A raison de deux ouvrages tous les six mois, imprimés sur papier ivoire de qualité et s'offrant même le luxe de rabats, La Phocide dans sa première livraison donne la parole à deux incontournables Strasbourgeois. Certes, Gérard Bensussan quitte le domaine allemand pour définir l'éthique et l'expérience chez Levinas. Et Jean-Luc Nancy reprend ici une réflexion sur le poids de la pensée, et du sens mais développée par une écriture surprenante, toute en ellipses nerveuses.
Les titres annoncés pour janvier garantissent de stimulantes découvertes dont les jeunes philosophes Frédéric Neyrat, intéressé par les questions de mondialisation et d'esthétique, et le Bulgare Boyan Manchev travaillé par les notions de communauté, d'art et de danse. Si La Phocide se soucie d'une adresse "grand public" en évitant les dogmatismes, il serait faux de dire que la lecture en est d'une simplicité biblique. Car l'exigence est bel et bien là, à la croisée des chemins.

 
 

 

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